Le confinement a eu des effets étranges sur les confinés. Il a certainement eu pour mérite principal de recentrer la vie autour des vraies priorités et de faire table rase des sirènes de la consommation intensive. Jusqu’à quand ?

Le confinement va-t-il remodeler nos intérieurs ?

À force de voir de façon presque hypnotique les mêmes tapis et le même mobilier dans une location d’appartement à Rumilly qui nous disputaient l’espace pendant deux mois, des idées de changement se sont ancrées dans l’esprit des confinés.

Comme une envie de rangement

L’un des désirs les plus profond des Français confinés qui vivaient leur intérieur comme une prison, surtout ceux qui, en centre-ville, ne disposaient ni de jardin ni de balcon, a été pendant cette période si particulière une envie d’évasion et de se mettre au vert quasi pulsionnelle.

Pris au piège de mètres carrés trop peu nombreux pour se faire oublier, certains ont passé leurs jours et leurs nuits sur le canapé les yeux rivés sur l’écran diffusant Netflix tandis que d’autres se sont acharnés sur leurs placards pour faire le rangement trop souvent repoussé aux calendes grecques et se sont résolus à jeter tous les petits objets que l’on garde en se disant que cela pourra bien servir un jour.

Ces journées furent donc placées sous la tutelle de Marie Kondo pour certains d’entre nous : On a vu de grands moments de rangement et tri, qui ont fatalement débouché sur un gros débarras. Il est parfois bon de se débarrasser du superflu !

Il en va de même avec les meubles, que l’on aura souhaité renouveler également. Les meubles que l’on ne remarquait plus sont devenus des objets de fixation et il est difficile de poser un regard dessus sans avoir un rappel les longues heures passées en confinement.

Paradoxalement, l’envie de congédier son mobilier va de pair avec le désir de cloisons. En effet, le souhait d’espace vert et de changement de décor se conjugue avec le désir de cloisons pour former une bulle où se retrouver avec soi-même et se mettre à l’abri de la vie trépidante et fort bruyante de ses propres enfants qui monopolisent à eux seuls l’ensemble des mètres carrés disponibles.

Se mettre au vert

Ces activités compulsives et le manque d’air a également eu pour effet d’ouvrir la boite de Pandore des fantasmes bucoliques en tous genres. Beaucoup se sont promis de se mettre à l’agriculture intensive sur leur balcon pour arriver grâce à leurs productions à nourrir toute la famille, moyennant des bons d’échange de service.
On distingue l’envie de cultiver chez soi dans un premier temps : Cela aura pour effet de faire émerger cultures en jardin, en bacs sur les balcons ou même plantes aromatiques directement dans la cuisine. Le vert s’invite donc dans nos intérieurs.

Une conséquence plus long terme fera également son apparition : L’envie de déménager proche du vert, dans un endroit calme. C’est un phénomène d’exode rural qui s’est déclenché post-confinement. Nos intérieurs s’en trouveront donc doublement changés par une vie à la « campagne » : Espace, lumière et tranquillité seront plus accessibles.

L’appel du jardin n’est rien sans l’envie de télétravail

Pour conforter cette nouvelle envie de petit espace à soi qui est à l’exact opposé des grands espaces ouverts et autres open space qui nous faisaient fantasmer avant cette incarcération à domicile, le télétravail nécessite un espace à l’abri du bruit et des turpitudes du reste de la maison.
Prétexte pour se retrouver seul ou pour échapper à la corvée de vaisselle et de ménage, l’espace isolé de télétravail a la cote et, semble-t-il, un bel avenir devant lui.

Le vert se mange aussi en vinaigrette !

Ce retour aux sources et aux valeurs simples du silence, du grand air et de la méditation (ou de la sieste, la question n’a pas encore été tranchée) ne serait rien sans l’envie incontrôlable et pressante de consommer local.
La mondialisation a vécu des illusions d’un monde où il est possible de consommer tout, n’importe où et n’importe quand, à toute heure du jour et de la nuit. Mais le confinement a certainement permis aux consommateurs sans frontières de changer leur mode de consommation et d'opérer un véritable retour aux sources.